II. installation des châtelains

Nous sommes en 1836 à Amiens. Adolphe Fougeron, un notable d’Orléans, se marie avec Louise Coulon, une fille de commerçant originaire d’Amiens. Le jeune couple vit à Orléans dans un milieu aisé et donne naissance à deux enfants : Léonce en 1837 et Alice en 1839.
Cinq ans seulement après leur mariage, le père de famille décède. La veuve Fougeron revient alors dans son pays d’enfance avec ses deux enfants : les Fougeron vont déménager à Breilly.

Installation au bois du Rondel

Le choix de la veuve Fougeron pour installer sa famille s’est porté sur un terrain vierge d’habitation sur les hauteurs de Breilly, le lieu-dit du bois du Rondel. La toute première parcelle de terrain est achetée en 1843 et de nombreuses autres suivront. Pendant cette période d’acquisition, la famille est encore domiciliée à Orléans en 1846. Plus tard, on noteune domiciliation à Ailly-sur-Somme, peut-être auprès de la sœur de la Veuve chez les Laurent, avant l’installation définitivement à Breilly autour de 1850.

La famille commence probablement par la construction du corps de logis de la ferme, qu’ils occupent en 1851, en attendant la construction du château. Ce bâtiment corresponds peut-être à l’habitation principale d’aujourd’hui. La famille est alors composée de la veuve Louise Fougeron, de ses deux enfants Léonce et Alice, ainsi que de leurs domestiques au nombre de dix annexe 7. La construction du château se termine en 1859 annexe 4 et une distillerie est achevée en 1860.

la vie au château

187x - croquis du chateau

Il s’agit ici de l’unique représentation du château avant son incendie. L’origine de ce dessin est inconnu.

Les Fougeron construisent donc leur imposant château en style brique et pierre annexe 9.2. Sur les hauteurs de Breilly, l’entrée principale orientée vers la vallée de la Somme. On raconte que les premières pierres ont été posées autour de 1850 et la fête d’inauguration aurait donné lieu à des festivités jamais vues au village annexe 10.6. Cet imposant château est bien une marque de la richesse de la famille. Pour comparaison, la famille Saint fait construire entre 1882 et 1886 un majestueux château à Flixecourt dans un style comparable, également à l’image de leur succès dans l’industrie du jute. L’inventaire du mobilier du château, dressé en 1874, donne une bonne impression du cadre de vie bourgeois des Fougeron à cette époque annexe 2.2. Le foyer est bien équipé pour recevoir, comme en atteste la table en chêne avec 5 rallonges, les 202 assiettes et autres verres en cristal. On remarque aussi une liste de « bijou et grandes robes » pour les dames, et  une salle de billard pour les messieurs ! Un plan du château n’est pas pu être trouvé et le nom de l’architecte reste inconnu. Mais pour se donner une idée, on peut consulter les plans d’étude du château de Flixecourt par Delfortrie, construit à la même époque, disponible en ligne aux Archives Départementales de la Somme annexe 9.2.

gentleman agriculteur

Quand Léonce arrive à Breilly avec sa mère et sa sœur, il n’a que 10 ans environs. Après des études à l’école d’agriculture de Grignon, il prend en charge la ferme et la développe en construisant de nombreux bâtiments. C’est un véritable gentleman agriculteur, c’est-à-dire un homme de condition aisée, dont le métier est l’exploitation de ses terres, donc agriculteur.

La ferme est de grande taille et ressemble en beaucoup d’aspects à ce qu’on appelle alors une ferme modèle, où sont appliquées les techniques agricoles de pointe (voir chapitre III). On y cultive du lin, des betteraves, de la pomme-de-terre, du blé ; on y élève des vaches, des moutons, des poules, mais aussi et surtout, on y élève des chevaux et principalement des boulonnais. Léonce est également actif au sein de la société d’Horticulture de la Somme, ainsi qu’au Conseil Général de la Somme. Il exercera la fonction de maire de Breilly pendant 19 années et marquera durablement la vie du village et sera notamment à l’origine de la construction de l’école de garçon.

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