III. une ferme modèle

journal agriculture classique vol.29, No.2La ferme construite par les Fougeron, puis dirigée pendant 30 années par Léonce, peut être considérée par de nombreux aspects comme une ferme modèle. Cela signifie une exploitation agricole utilisant des outils et des méthodes modernes, ayant des ouvriers pour faire le travail et dont le but est d’être rentable. Elle contraste avec les très nombreuses petites exploitations familiales que compte la France à cette époque.

taille de la ferme

La superficie de la ferme varie au gré des nombreuses acquisitions, des ventes et des échanges de terrain qui ont lieu entre 1843, date de la première acquisition et 1924, année de départ des châtelains:

  • Entre 1843 et 1863, la veuve Fougeron a acquis pour environs 40 hectares de terrain, situé au bois du Rondel, ou proche de celui-ci. Cela correspond principalement au domaine du château et ses alentours immédiats (parcs et jardins).
  • A partir des années 1855-1860, correspondant à peu près à sa majorité, Léonce Fougeron commence à acheter massivement des terres agricoles. Il acquiert une partie des terres à sa mère en 1865, ainsi que la ferme d’Ailly-sur-Somme avec ses 118 hectares en 1868. Léonce accumule 39 hectares supplémentaires jusqu’en 1884.
  • Le contrat de mariage Fougeron/Courier  en 1891, relève 266 hectares de terrains en possession de la mariée, Mlle Angèle Fougeron. Cette surface corresponds à la taille de la ferme au moment du décès de Léonce Fougeron fin 1890.
  • Après le décès de Léonce, la taille de la ferme n’évolue guère : On relève une superficie de 274 hectares en 1897 annexe 8.1. Cette surface couvre les territoires de Breilly, Ailly-sur-Somme et Picquigny et comprends trois fermes : la ferme du château, la ferme Saint Christ et la ferme d’Ailly-sur-Somme.
  • Pour finir, le contrat de vente de la ferme en 1924 indique une surface de 265 hectares de terrain.

le haras de Breilly

cheval boulonnais 3Selon les sources, on parle de « haras » ou de « ferme hippique ». En tout cas, l’élevage de chevaux semble toujours avoir été une activité principale de la ferme. Léonce est par ailleurs membre du conseil des haras. Jusqu’à 53 étalons sont entretenus à la ferme entre 1863 et 1867, en remplacement du dépôt d’étalons d’Etat d’Abbeville annexe 1.1.1, qui a dû fermer à cause d’une restructuration des haras nationaux. Suite à un désaccord avec le grand Ecuyer, le Général Fleury, Fougeron diminue son activité d’étalonnage.
Plus tard en 1881, 17 étalons y étaient encore entretenus, et encore 11 bêtes en 1884.
Léonce semble avoir eu un certain succès avec ses chevaux. Plusieurs catégories ont été distinguées par des prix à des concours hippiques : chevaux carrossiers, étalons demi-sang ou croisés de 3 ans et demi ou plus, chevaux entiers,… Mais c’est apparemment grâce à ses chevaux boulonnais qu’il était le plus renommé.

élevages et culture diverses

La ferme n’est pas spécialisée dans un domaine particulier : L’inventaire après le décès  de la veuve Fougeron en 1884 annexe 2.1 nous liste les différentes cultures pratiquées : linmaisblépomme de terre, etc. On remarque aussi de grandes quantités de cidre (18.000 litres), qui était probablement produit sur place.

En plus des chevaux, de nombreuses vaches, poules et moutons sont élevés dans les vastes étables et bergeries que comptent la ferme, comme en atteste les divers prix gagnés aux concours agricoles annexe 10.5.

Le plan de la ferme de 1897 annexe 8.1 nous montre des vergers et des jardins, ainsi que des fosses à Betteraves, encore visibles aujourd’hui.

distillerie de betterave

betteraveUne distillerie est construite autour de 1863, mais semble avoir été démolie dès 1876 – voir folio 155 de la matrice des propriétés foncières 3p137-4 annexe 4. Elle est mentionnée plusieurs fois dans les registres cadastraux, sans autres informations.

Nous n’avons pas d’information précise sur la localisation de cette distillerie. Peut-être est-elle située à l’endrois où se trouvait l’ancien château d’eau ? En effet les bâtiments imposants qui se trouvaient là pouvaient héberger une distillerie.
L’inventaire de 1884 cite également une ancienne distillerie sans plus de précision annexe 2.1.

Comme mentionné lors du voyage agricole du comte Conrad de Gourcy en 1865 annexe 9.4, la ferme de Breilly possède une distillerie de betterave, qui servait d’une part à produire de l’alcool à vendre, et d’autre part comme aliment particulièrement nutritif pour les bêtes. Peut-être s’agit-il d’une distillerie Champonnois, en vogue dans les fermes de l’époque ?

possible ancienne distillerieLes plans de 1961 annexe 10.4 montrent des bâtiments qui pourraient être une distillerie, si on compare avec des distilleries encore existantes.

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